Finances

Comment placer l’argent d’un héritage : stratégies et conseils

Après le décès d’un parent ou d’un proche, recevoir une somme importante peut bouleverser. Très vite, une question s’impose : où et comment placer l’argent d’un héritage ou d’une succession ? Dans ce contexte particulier, nous comprenons l’envie d’agir “comme il faut”, par respect pour le défunt et pour éviter des décisions regrettables.

Justement, l’enjeu est de ne pas se précipiter. Cette période demande du recul : l’émotion, le sentiment de responsabilité et la nouveauté d’un capital parfois inédit peuvent pousser à des choix trop rapides. Nous allons donc présenter des pistes claires sur les placements possibles, la logique d’allocation, les enveloppes fiscales adaptées, puis deux exemples concrets de répartition.

Pour bien placer l’argent d’un héritage, il est possible de :

  • mettre une partie en sécurité via le livret A et le fonds euros ;
  • investir sur le long terme avec un PEA et une assurance vie ;
  • alimenter un PER de façon régulière si votre niveau d’imposition est élevé.

Nous détaillons ci-dessous les solutions et les pièges à éviter pour organiser l’épargne issue d’une succession, sans perdre de vue vos besoins à court, moyen et long terme.

Quand une grosse somme arrive : par où commencer ?

Faire le point sur votre profil d’investisseur

Lorsque l’argent accumulé par un proche toute une vie arrive sur vos comptes, la première étape consiste à clarifier votre situation avant la moindre décision. Dans ces circonstances, les choix hâtifs sont souvent les plus coûteux, d’autant que l’émotion peut brouiller l’analyse.

Pour cadrer votre réflexion, plusieurs éléments sont à considérer : votre âge, votre situation matrimoniale, familiale et professionnelle, votre situation patrimoniale (épargne déjà constituée, répartition actuelle entre placements), vos revenus et charges, ainsi que votre tolérance au risque.

C’est aussi un moment propice à revisiter vos objectifs de vie, surtout si l’héritage représente une part importante de votre patrimoine actuel. Certains ressentent d’ailleurs une gêne ou une culpabilité à utiliser cet argent : dans ce cas, il peut être utile de se demander ce que le défunt aurait souhaité. Études des enfants ou petits-enfants ? Retraite ? Autre projet ?

Structurer vos projets dans le temps

Au-delà des objectifs patrimoniaux, toute évolution pouvant modifier fortement votre trajectoire doit entrer dans l’équation : mariage, déménagement, entrée des enfants dans le supérieur, etc. Et vous, quels événements pourraient changer vos besoins dans les prochaines années ?

Pour organiser les priorités, une lecture par horizons aide à décider : à court terme (les 3 prochaines années), vous pourriez viser des travaux d’amélioration énergétique ou un financement de permis de conduire. À moyen terme (3 à 8 ans), un déménagement ou une donation en avancement de part successorale peut entrer en jeu. À long terme (au-delà de 8 ans), un complément de revenus pour la retraite et l’optimisation de la succession deviennent souvent centraux.

Avec une vision claire de votre situation et de vos horizons, les choix de placements deviennent beaucoup plus cohérents et l’arbitrage entre sécurité, rendement et disponibilité se fait plus naturellement.

Raisonner en allocation patrimoniale

La manière dont vous répartissez le capital est déterminante pour la suite. Nous insistons sur l’importance de diversifier l’héritage entre plusieurs catégories selon votre profil et vos projets : fonds monétaires, fonds obligataires, fonds actions, immobilier locatif, investissements alternatifs.

Une répartition raisonnée, avec des bases solides, favorise un développement patrimonial harmonieux. L’idée n’est pas de chercher “le” placement parfait, mais de construire un ensemble cohérent et diversifié, adapté à vos contraintes et à vos objectifs.

Quels placements privilégier avec un héritage ?

Solutions de court terme : sécuriser sans immobiliser

Pour des objectifs proches, il est difficile de prendre des risques. Pour autant, laisser le capital sur un compte courant n’est pas une obligation. Des supports à capital garanti existent : livrets réglementés (livret A, livret de développement durable et solidaire, etc.), fonds euros en assurance vie, et comptes à terme.

Les fonds monétaires peuvent également constituer une alternative intéressante à court terme, selon votre besoin de sécurité et de disponibilité.

Long terme : actions et obligations, un couple rendement/risque/temps apprécié

Dans de nombreux cas, une part importante d’un héritage peut être investie sur la durée, car cette somme arrive souvent sans être destinée à un projet immédiat. Sur le long terme, investir en bourse offre fréquemment un bon équilibre entre rendement, risque et temps de gestion.

Il est naturel d’avoir une forte aversion à la perte quand l’argent provient d’une succession. Pourtant, historiquement, sur des horizons de plus de 10 ans, le risque de perte en capital sur les marchés actions et obligations est très limité. Il est possible de viser une performance moyenne annuelle de 7 %, à condition de bien diversifier le portefeuille.

Dans cet univers, prudence aussi face aux sollicitations : certains conseillers bancaires peuvent appeler dès qu’ils voient le capital arriver. Or les placements souvent poussés par les banques s’avèrent parfois peu performants, notamment en raison de frais élevés prélevés sur le capital à chaque versement et/ou chaque année.

Le nantissement : utiliser le capital pour renforcer la capacité d’emprunt

À première vue, hériter augmente le patrimoine mais pas directement les revenus, donc pas forcément l’emprunt possible. Pourtant, la capacité d’emprunter peut augmenter grâce au nantissement : l’avance sur titres ou le crédit lombard permettent de placer un capital (par exemple dans une assurance vie) en garantie afin de lever de la dette.

La somme empruntée peut ensuite être investie (actions, obligations, immobilier, etc.) ou servir à compléter les revenus, sous forme de revenus non imposables.

Immobilier : crédit, gestion directe ou pierre-papier

L’immobilier peut être intéressant surtout lorsqu’il est financé à crédit, grâce à l’effet de levier de la dette. Si vous avez le temps et l’énergie, la gestion en direct d’un investissement locatif est envisageable, à condition de calculer soigneusement rendement brut et net (avec le bon régime fiscal), cashflows et TRI avant d’acheter.

Si l’objectif est de déléguer la gestion, la pierre-papier via des SCPI peut convenir dans plusieurs situations : pour des revenus complémentaires immédiats, les SCPI “classiques” sont adaptées ; pour des revenus dans quelques années (typiquement 5 à 15 ans), la nue-propriété de parts de SCPI peut être pertinente ; et pour optimiser la transmission, le démembrement de parts de SCPI constitue une stratégie efficace.

Choisir la bonne enveloppe fiscale pour investir l’héritage

L’assurance vie : une enveloppe souvent privilégiée

Pour investir en bourse ou sur certains supports de pierre-papier, il faut passer par une enveloppe fiscale. Dans l’absolu, l’assurance vie constitue généralement l’option la plus adaptée pour placer l’argent d’un héritage ou d’une succession.

Sa fiscalité avantageuse, sa polyvalence et ses atouts pour la transmission en font une enveloppe de référence. Vous pouvez y combiner fonds euro sécurisé et unités de compte (fonds actions, fonds immobiliers, or, etc.), selon une allocation construite en fonction de vos objectifs.

Zoom : l’assurance vie luxembourgeoise au-delà de 250 000 €

À partir de 250 000 € à investir, l’assurance vie luxembourgeoise apporte des avantages supplémentaires. D’abord, le niveau de protection des fonds est renforcé via le triangle de sécurité luxembourgeois et le super privilège luxembourgeois. C’est un point clé lorsque les montants deviennent significatifs.

Ensuite, ces contrats sont encore plus flexibles que les contrats français : possibilité d’exposition à différentes devises (dollars, euros, francs suisses, etc.) et, si certaines unités de compte vous intéressent, vous pouvez en demander le référencement.

Enfin, la transparence fiscale permet une imposition selon votre lieu de résidence.

CTO, PEA, PER : alternatives à connaître

Le compte-titres ordinaire (CTO) permet de transmettre le patrimoine dans d’excellentes conditions. Le plan d’épargne en actions (PEA) devient très avantageux fiscalement à partir de 5 ans de détention. Enfin, le plan épargne retraite individuel (PERin) est particulièrement intéressant si vous êtes très fiscalisé, à partir d’une TMI de 30 %.

EnveloppeCe qu’elle permetQuand elle ressort souvent
Assurance viePolyvalence (fonds euro, actions, immobilier, or) et atouts pour la transmissionSouvent le choix principal pour un héritage/succession
Assurance vie luxembourgeoiseGaranties renforcées, grande flexibilité, multi-devises, transparence fiscaleAu-delà de 250 000 € à placer
CTOInvestir via un compte-titres et transmettre dans de très bonnes conditionsQuand vous souhaitez une solution ouverte et orientée transmission
PEACadre fiscal très favorable après 5 ansSi vous investissez en actions avec un horizon de détention adapté
PERinOutil retraite attractif lorsque l’imposition est élevéeÀ partir d’une TMI 30 %

Deux exemples concrets de répartition d’un héritage

Julien reçoit 100 000 € : sécuriser, aider les enfants, préparer la retraite

Julien, 44 ans, et Caroline, 42 ans, sont mariés sous le régime légal de la communauté réduite aux acquêts et ont deux enfants de 6 et 8 ans. À la suite du décès de son père, Julien hérite de 100 000 €. Cette somme n’entre pas dans la communauté.

En effet, les biens reçus par héritage, legs ou donation sont des biens propres (article 1405 du code civil). Si des biens propres enrichissent la communauté, des “récompenses” seront dues lors de la liquidation du régime matrimonial (divorce ou décès). En accord avec Caroline, Julien décide la répartition suivante.

10 000 € sont placés sur un livret A afin d’augmenter l’épargne de précaution : leur “filet de sécurité” atteint ainsi 6 mois de dépenses, ce qui les rassure pour faire face aux imprévus et dépenses essentielles (contributions aux charges du mariage).

20 000 € sont répartis sur deux assurances vie au nom de leurs enfants, via une donation-partage de 20 000 € (10 000 € par enfant) afin de figer la valeur des biens transmis dans le temps. L’utilisation des capitaux est encadrée par un pacte adjoint : les sommes ne seront débloquables qu’à partir de 25 ans, uniquement pour un achat immobilier. Un profil dynamique est choisi, avec la possibilité d’un tracker monde (ETF World) au départ, puis une sécurisation progressive à l’approche des 25 ans, notamment en arbitrant vers le fonds euro.

Enfin, 70 000 € sont investis sur une assurance vie au nom de Julien dans une optique de préparation de la retraite et de complément de revenus. Il choisit une assurance vie en ligne, avec des frais compétitifs et un meilleur choix d’unités de compte. L’allocation vise un profil offensif : des trackers diversifiés forment le cœur de portefeuille, par exemple Amundi S&P 500 (exposition au marché américain) et iShares MSCI EMU ESG Screened (exposition à l’Europe en excluant armement, charbon, tabac, etc.). Une part de capital-investissement (private equity) complète l’ensemble pour ajouter diversification et potentiel sur le long terme.

Albert et Martine héritent de 500 000 € : transmettre et protéger le conjoint

Albert et Martine sont un couple de soixantenaires, proche de la retraite, mariés sans contrat (communauté réduite aux acquêts). Ils ont deux enfants de 27 et 30 ans, déjà partis du foyer.

Après le décès de la mère de Martine, ils héritent de 500 000 € en biens communs : c’était la volonté de la mère que les biens transmis appartiennent à la communauté (article 1405 du code civil). Le couple estime ne pas avoir besoin de ce capital de son vivant. Leur priorité devient donc l’optimisation de la transmission aux enfants, tout en se protégeant mutuellement.

Ils choisissent l’assurance vie, reconnue parmi les meilleurs placements pour optimiser une succession. En complément, ils mettent en place un démembrement de la clause bénéficiaire ainsi qu’une clause de préciput (permettant à un époux de prélever sur la communauté, avant partage et sans contrepartie, un bien immobilier comme la résidence principale, ou un bien mobilier comme l’assurance vie), afin de trouver un équilibre entre protection du conjoint et transmission aux enfants.

Compte tenu des montants, ils préfèrent être accompagnés et sont orientés vers une assurance vie luxembourgeoise. Ne présentant pas de problème de santé particulier, ils peuvent investir avec un horizon long. L’allocation recommandée exploite les avantages du contrat luxembourgeois : accès à des fonds spécifiques, couverture contre le risque de change, etc. Le portefeuille est réparti sur des fonds largement diversifiés, à la fois géographiquement (Europe, États-Unis, Asie, etc.) et sectoriellement (luxe, technologies, infrastructures, santé, etc.).

Ces exemples restent des illustrations : selon les situations, alimenter un PEA et/ou un PER peut également être pertinent.

Pourquoi se faire accompagner pour placer un héritage ?

Un moment sensible, des décisions qui engagent

Hériter peut déstabiliser, et cela se comprend. D’abord, la part reçue peut représenter un montant jamais géré auparavant, parfois proche ou supérieur à ce que vous avez épargné dans une vie entière. Ensuite, la somme arrive souvent de manière inattendue, à un moment où vous n’aviez pas anticipé d’en piloter l’allocation. Enfin, il est possible de ne pas connaître les placements disponibles, ni les arbitrages à réaliser selon votre situation.

Dans ces périodes, les biais cognitifs se renforcent : peur de perdre, besoin de “réparer” vite, influence de sollicitations externes. D’où l’intérêt d’un conseil extérieur, structuré et adapté.

Une stratégie sur mesure, pas une réponse unique

Où et comment placer l’argent d’un héritage ou d’une succession ? Il n’existe pas de solution universelle. La stratégie dépend de votre situation (âge, travail, revenus, épargne), de vos objectifs (financiers ou non, à court/moyen/long terme) et bien sûr du montant hérité.

Notre logique consiste à bâtir une allocation cohérente, à choisir l’enveloppe adaptée, et à organiser l’ensemble en tenant compte des dimensions financières, fiscales et successorales.

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