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Article à la une
13 Fevrier 2012 | 10:15Pourquoi Bank of America est l’action préférée des traders
Sur les 4 milliards d’actions qui passent quotidiennement de mains en mains sur le New York Stock Exchange, un dixième concerne Bank of America. L’action a bondit de 46% depuis le début de l’année. Pourtant de l’avis de nombreux gérants, le groupe manque de visibilité. La raison de cet engouement est ailleurs : le titre se prête idéalement au trading à haute fréquence.
Sur une journée normale, 4 milliards d’actions passent de mains en mains sur le New York Stock Exchange. Un dixième des transactions concerne une société. Il ne s’agit pas de Mc Donalds ou IBM, les fleurons de l’indice Dow Jones, mais de Bank of America. La banque renflouée par le gouvernement il y a trois ans, après avoir perdu beaucoup d’argent sur les crédits hypothécaires douteux, est la valeur préférée des traders.
Lorsque les marchés montent sur un flot de bonnes nouvelles en provenance de l’économie, le cours de l’action grimpe en flèche, dans des proportions bien plus élevées que les autres banques. A l’inverse, lorsque les inquiétudes sur la dette grecque reprennent, c’est Bank of America qui subit les plus forts dégagements. Les raisons de cette forte volatilité ne sont pas à chercher du côté des fondamentaux de l’entreprise. En réalité, si le titre est si entouré, c’est qu’il se prête le plus au Trading à Haute Fréquence (THF).
Le Trading à Haute Fréquence, ce sont ces masses gigantesques d’ordres issus d’algorithmes mathématiques programmés par des ordinateurs ultra puissants passés à la microseconde près. Le phénomène, encore confidentiel il y a quelques années, représente aujourd’hui près des deux tiers des transactions aux Etats-Unis. L’action Bank of America a chuté ou baissé de plus de 1% durant 20 jours cette année, contre seulement trois jours pour l’indice Standard & Poor’s 500. Sur l’année, le titre a grimpé de 46%, le meilleur score des 30 titres qui composent le Dow Jones.
“Les mouvements de l’action Bank of America n’ont rien à voir avec Bank of America”, explique Joseph Saluzzi, co-fondateur de la société de courtage Thémis. Ce qui rend attractif le titre, c’est son prix. Avec un cours à un seul chiffre, il est la proie des Hedge Funds et des banques coutumières du THF. Le principe du Trading à Haute Fréquence consiste à utiliser des algorithmes informatiques pour exploiter de petits variations dans le prix d’une action. Si un ordinateur peut passer un ordre, une fraction de seconde plus vite que le reste du marché, il a ainsi la garantie de réaliser un profit, si infime soit-il. Mais quelques centimes accumulés sur des dizaines de millions d’actions par jour, peuvent au final aboutir à des gains substantiels.
Pour que le THF fonctionne correctement, il faut beaucoup de liquidités. C’est le cas de Bank of America. Avec 10,5 milliards d’actions en circulation, le groupe dépasse largement les 3,8 milliards de titres de JPMorgan Chase et 2,9 milliards de Citigroup. L’action cotait 15,31 dollars l’an dernier. Puis elle a sombré avec les problèmes de Crédit Hypothécaires. Le cours est passé en dessous de 10 dollars en juillet. C’est à partir de là que les volumes d’échanges ont explosé, les traders à Haute Fréquence se précipitant sur le titre. Il est passé de 147 millions d’actions l’été dernier à 477 millions d’actions jeudi dernier.
Le prix bas de l’action, la rend idéale pour ce genre d’opération : si une opération de THF porte sur des blocs de 100 actions avec la perspective d’une variation de 1%, il y a beaucoup moins de risque de travailler sur une action à 5 dollars, qu’une action à 500 dollars. Le fait de trader à Haute Fréquance sur l’action Bank of America est donc la garantie d’un profit juteux avec des risques limité explique Adam Sussman, directeur de recherche à Tabb Group, une société de conseils de marchés.
Cela n’est pas du gout de tout le monde. Bank of America fait partie de l’indice Standard & Poor 500, et est donc détenu dans des fonds communs de placement et dans les fonds de pensions de millions d’américains. Et les gestionnaires de fonds communs de placement détestent le Trading à Haute Fréquence. Non seulement le THF augmente la volatilité des cours, mais en plus, il est capable de détecter les ordres des gestionnaires de FCP et d’adapter le prix en conséquence, les privant ainsi d’une partie de leurs gains.
Entre 2009 et 2010, l’action de la banque Citigroup était dans la même situation. Le cours était à un seul chiffre et il représentait souvent les plus gros volumes de transactions, jusqu’à 500 millions de titres échangés en une seule journée. Pour y remédier, Citi a décidé de réduire le nombre d’actions en circulation, en procédant à un échange de titres : une action nouvelle pour 10 actions anciennes. Le cours de l’action est monté jusqu’à 33 $ mercredi. Mécaniquement, les traders à haute fréquence ont arrêté de s’intéresser au titre. Le volume d’une journée normale est ainsi tombé à 50 millions.
Mais Bank of America, a fait le chemin inverse en novembre et décembre en émettant plus de 400 millions d’actions sur le marché afin de lever 3,5 milliards de dollars et améliorer ainsi la stabilité financière du groupe. Bank of America pourrait procéder à un échange d’actions, comme Citi l’a fait. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Le management préfère se concentre sur le renforcement de ses finances. Le directeur financier, Bruce Thompson, a déclaré aux journalistes en janvier que la banque n’est pas susceptible de racheter des actions cette année.
Le Trading à Haute Fréquence a été mis en lumière le 6 mai 2010, le jour du “flash crash”. Ce jour là, le Dow Jones a chuté de près de 1000 points en quelques minutes, provoquant une vague de panique chez les traders, avant de clôturer la séance proche de l’équilibre. La Securities and Exchange Commission, l’autorité de régulation américaine a mené l’enquête. Pour elle, ce n’est pas le Trading à Haute Fréquence qui est responsable du phénomène. Mais il l’a amplifié. Pourtant les régulateurs n’ont rien fait pour l’enrayer. Il y a des raisons économiques à cela. Permettre le Trading à Haute Fréquence, c’est un moyen pour les places financières d’attire les traders. Ils proposent des rabais de 20 à 32 cents par paquets 100 actions aux traders qui passent des ordres importants.
Article publié avec l'autorisation du site Trendsetter
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